mardi 1 avril 2014

Où il sera encore question de guerre.....de fil bleu....et de soupe.....

Depuis que je suis toute petite, la guerre dont j'ai entendu le plus parler, c'est celle de 1940.....parce qu'elle était encore toute proche à cette époque et parce que, quand on a connu ça......





On ne peut pas s'empêcher d'en parler à ses enfants....c'est comme ça que mes parents et grands parents ont retrouvé leur ville en y retournant après la libération.....

Mais heureusement pour moi, la reconstruction était bien avancée quand j'ai pointé le bout de mon nez et toutes ces histoires, tristes ou gaies, faisaient un peu partie de la légende....

Et voilà que cette année, comme j'en parlais en février, je me mets à m'intéresser à la guerre précédente....qui n'a pas été la der des der.......dont j'avais entendu moins parler, mes grands parents racontant peu sur le sujet.....

C'est à cause de Délit maille et de sa Wool war one......ou plutôt grâce à elle.....






En participant à ce projet artistique et humain avec mes petites mains, en tissant avec un fil bleu des liens avec plein de gens, j'ai eu envie de remonter aussi le fil du temps et d'essayer d'en savoir un peu plus sur cette période....

C'est sur la vie quotidienne à cette époque que j'essaye de trouver des détails......

Et j'ai appris par exemple que dans les régions occupées:

" Très vite la faim fait son apparition. Dès le 4 décembre 1914 le pain est sévèrement rationné dans une région agricole comme celle de Vervins; en mars 1915, les habitants de La Capelle, du Nouvion, d'Avesnes, vont ramasser des glands dans les bois: en les écrasant on allonge la farine"

" A partir de 1916, le gros de la population se nourrit de pain noir - en quantité limitée - de betteraves rouges et de choux navets.
En 1917, ce sont les soupes de feuilles d'ortie qui heureusement tiennent au corps."

" On dépave les cours pour y planter des pommes de terre ; les balcons se transforment en potager ; les terrains vagues et les ruines des maisons incendiées et bombardées devinrent des jardins ouvriers.

" A la fin de l'hiver, on alla plus loin encore: des prisonniers civils libérés avaient rapporté la recette de la soupe à carbure et on s'efforça de fabriquer cette provende: on brisait des os - quand on en trouvait - jusqu'à les réduire en poudre, on faisait sécher des herbes qu'on écrasait ensuite, on râpait le cuir des vieilles chaussures, des courroies, des ceintures et le mélange, longtemps séché au four puis délayé dans de l'eau bouillante donnait une soupe dont on disait qu'elle sentait la chimie"

Heureusement, arriva ce qu'on appela " le ravitaillement américain", donné par un comité hollandais et américain, qui était distribué en principe tous les 10 jours par les maires.

" Une ration quotidienne de principe fut fixée pour les villes: 40 grammes de farine, 50 grammes de lard, saindoux ou viande congelée, 30 grammes de féculents - riz, pois, haricots, ou pâtes - 10 grammes de sucre, 7 grammes de café ou de succédané, 20 à 30 grammes de biscuit, 10 grammes de savon, du sel, du vinaigre, un peu de lait condensé pour les enfants et les vieillards.
C'était peu mais suffisant pour éviter les grandes famines."

(cf: "La vie quotidienne dans la France du Nord sous les occupations, Marc Blancpain, Ed Hachette)

Difficile d'imaginer comment on se débrouillait pour nourrir sa famille.....ou comment font ceux qui maintenant encore dans certains endroits du monde ne sont pas beaucoup mieux lotis....

Comme je reste quand même fidèle à mes petites recettes de maintenant, je vous propose de terminer sur une petite soupe....aux topinambours, ces mal aimés de ceux qui ont connu la seconde guerre, maintenant devenus "tendance".....





Soupe de topinambours et carottes:


  • 600g de topinambours
  • 300g de carottes
  • 1 gos oignon
  • huile d'olive
  • sel, poivre
  • crème fraîche
Eplucher les légumes et les couper en morceaux. 

Les faire revenir avec un peu d'huile d'olive puis ajouter de l'eau chaude à hauteur, saler et poivrer et faire cuire une trentaine de minutes, jusqu'à ce que les légumes soient tendres.

Mixer, rectifier l'assaisonnement et ajouter de la crème.




Voilà...c'est à peine une recette...mais j'imagine que ceux qui en étaient réduits à la soupe au carbure verraient là un véritable festin.....

Quant à l'ordinaire des soldats....c'est une autre histoire, à suivre peut être un de ces jours..... 

6 commentaires:

Ciorane la pauvresse a dit…

Quelle horreur que la guerre, pour les soldats comme pour les civils ! C'est un poncif, certes, mais nous nous devons de le répéter afin ne pas oublier. En t'attachant ainsi au concret de diverses manières, ton message est encore plus émouvant.

taka a dit…

Comme tu le sais,je suis souvent sur les lieux ,et le nombre de gens qu'il y a Verdun prouve aussi que les gens n'oublient pas

edith a dit…

Je pense que pas une famille n'a pas été touchée pendant cette guerre.
Je suis comme toi, plus proche de celle de 40 vécue par mes parents mais depuis quelques mois je m'intéresse de plus en plus à cette "grande guerre"
Merci pour ce partage!

Gracianne a dit…

Mince alors, la soupe a carbure - fallait etre inventif - ou desespere.

ISCA ISABELLE a dit…

Mon grand-père s'est battu au chemin des dames et durant mon enfance, pas une journée sans parler de la guerre de 14 ou celle de 40. Il faut dire que la famille est ardennaise des deux côtés et que je suis née à Aubenton, à quelques km de Vervins, de la Capelle etc... Donc gaspiller, ce n'est même pas envisageable. C'est un mode de vie hérité depuis la plus tendre enfance. Bravo pour votre témoignage.

Anne a dit…

C'est amusant que tu abordes ce sujet car je vais travailler dessus en tant que cuisinier... A bibliothèques de Paris, ils vont organiser des dégustations et initiation au goût à partir des recettes et de l'histoire de 14-18. Avec un historien et un cuisinier. ;-) et j'avoue que tout comme toi, ce voyage me passionne et m'émeut.