La première fois que je les ai tous découverts ensemble, c'était il y a juste 4 ans, au musée de la Piscine, à Roubaix.... Ils ont bien voyagé, au Grand Palais, à Paris, à Montréal et ont défilé une dernière fois au Mémorial 14-18 Notre Dame de Lorette. Et maintenant que la guerre est finie, ils rentrent tout doucement à la maison.....
Ici, est arrivé Arséne.... Je l'ai baptisé comme ça en mémoire d'un de mes grands oncles....je ne sais pas vraiment quelle a été son histoire, mais je me souviens que, quand j'étais petite, les adultes disaient "il a fait 14.....mais il n'en parle pas..." En fait, les 781 soldats ont été, selon le souhait de celle qui a imaginé, organisé et cru jusqu'au bout à cette aventure, Délit Maille, vendus au profit de Médecins sans Frontières. Ce sera d'ailleurs sa dernière aventure, elle souhaite y mettre un terme et explique très bien tout ça sur son blog... Ils ont vite été retenus, mais aux dernières nouvelles, il en resterait quelques uns encore qui attendent un rapatriement....allez voir là, sur la billetterie du musée si vous voulez en savoir plus. Les biscuits du titre sont ceux que j'avais fabriqués quand j'avais parlé ici de toute cette aventure. Je vous les représente et, en cliquant sur leur titre, vous pourrez aller voir leur recette. Vous en aurez aussi un peu plus sur la Wool War One....
Biscuits aux flocons d'avoine Si vous voulez des photos des soldats de retour dans leurs familles d'accueil, ou d'adoption, allez voir sur la page facebook du musée. Et si vous voulez revoir la Wool War One au tout début, à Roubaix, je remets le petit film que j'avais bricolé à l'époque.
Le centenaire de la première guerre mondiale, ça ne dure pas qu'un an......forcément pour une guerre de 4 ans..... La Wool War One, dont je vous avais parlé l'année dernière est aussi repartie comme en 14!.... Et pas n'importe où.....au Grand Palais à Paris!.....les 19 et 20 septembre prochains.
Ils vont y séjourner pour les journées du patrimoine, une façon de se souvenir que le hall d'accueil où leur longue file sera installée était alors une chambrée d'hôpital, où on essayait de réparer les soldats pas en laine pour les renvoyer si possible aux tranchées..... Si vous voulez en savoir plus, voici un lien qui vous permettra de télécharger le magnifique dossier pédagogique élaboré pour l'occasion: http://www.grandpalais.fr/fr/article/wool-war-one-le-dossier-pedagogique
Si jamais vous avez des enfants ou des élèves avec qui vous voulez parler un peu de tout ça, allez y voir, c'est une vraie mine d'informations et de pistes de réflexion, à la portée de tous.....et si vous êtes tout seul, allez y voir aussi.....ça en vaut vraiment le coup! Pour faire connaissance de celle qui a été à l'origine de ce projet génial et fou, allez vite voir son blog, il s'agit de Délit Maille......nous avons été 500 à prêter nos mains pour sa réalisation, mais c'est elle qui a imaginé et organisé tout le bazar, en lui donnant son souffle, son esprit.... Si vous y aviez échappé en décembre, je vous remets le petit montage vidéo que j'avais fait avec mes photos.
Toute cette histoire ne m'a pas seulement redonné le goût du tricot..... Elle m'a aussi donné envie de chercher un peu comment on vivait à l'époque, et surtout comment on se nourrissait.... Sur un site de la RTBF, j'ai trouvé plein de recettes et de réflexions sur le sujet, notamment que la notion de pénurie et de disette ne semble pas avoir été la même pour tout le monde.... Et sur un site anglais, j'ai trouvé d'autres recettes, et choisi de faire des biscuits. Ils sont aux flocons d'avoine et non sucrés à l'origine, mais j'avoue avoir ajouté de la vergeoise à le recette, ma gourmandise ayant pris le dessus sur la rigueur historique.
Biscuits aux flocons d'avoine (originale) Oatmeal Biscuits Ingredients:
3/4 cup cooked oatmeal
3/4 teaspoon salt
1 1/2 cups wheat or rye flour
2 tablespoons shortening
4 teaspoons Royal Baking Powder
1/4 cup milk
Mix oatmeal with sifted flour, baking powder and salt; rub in shortening, add milk and mix, forming a soft dough. Roll out lightly on floured board. Cut with biscuit cutter and bake in hot oven 12 to 15 minutes Recette traduite et adaptée:
100g de flocons d'avoine
1 pincée de sel
200g de farine avec levure incorporée
40g de beurre
environ 10cl de lait
80g de vergeoise
Dans un saladier, mélanger les flocons d'avoine, le sel, la vergeoise et la farine. Au centre, mettre le beurre coupé en morceaux. Mélanger ceux ci du bout des doigts avec les éléments secs, puis ajouter progressivement le lait pour obtenir une pâte, encore un peu collante aux doigts mais pas trop....
Filmer la pâte et la laisser 30 minutes au froid puis l'abaisser avec un rouleau sur un plan fariné et découper des biscuits avec un emporte pièce. Les déposer sur une plaque recouverte d'un papier cuisson et les cuire au four à 180° entre 12 et 15 minutes. Les laisser ensuite refroidir sur une grille.
Près des biscuits, un reste de vareuse de soldat, et la petite fleur fabriquée avec le fil bleu qui servait un peu de lien entre toutes les mains qui ont participé à cette aventure.....et peut être de petit signe de reconnaissance entre tricoteurs des 4 coins du monde.....dont certains seront sans doute aussi au Grand Palais ce prochain week end.
Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas à passer par là.....même si vous allongez la file d'attente que je crains de devoir affronter.....et laissez vous prendre au jeu de leur découverte.....et à l'émotion qu'ils peuvent vous donner.....
Tout a commencé il y a un an par une idée qui a germé dans le cerveau bouillonnant d'idées de Délit Maille......la guerre en laine......la Wool War One..... Et elle a proposé d'entrainer plein de petites mains dans son projet..... Et j'ai été très fière de pouvoir mettre les 2 miennes un peu à contribution..... Oh....j'étais loin d'être seule dans cette histoire...on était environ 500, des quatre coins du monde..... Et finalement, c'est arrivé....la guerre était finie....... Il ne devait pas y avoir de vernissage, d'inauguration, de trucs pompeux......mais des rencontres virtuelles ou réelles avaient eu lieu pendant tout ce temps et c'était difficile de ne pas se retrouver ensemble le jour J ....pour voir "en vrai" les petits soldats qu'on avait contribué à fabriquer, assembler, habiller, mais que Délit maille avait installés à La Piscine de Roubaix et auxquels elle avait donné vie...... C'est ainsi qu'hier, ceux qui avaient pu se libérer et faire le voyage se sont retrouvés sous un ciel prometteur....
Tout le monde est entré dans ce magnifique lieu....
Et le soleil en a profité pour nous offrir des reflets incomparables.....
Et au détour d'un escalier, on y était....
Et on a pu les découvrir.....
Les immortaliser....
Les regarder d'un peu plus près....
Comme dans la vraie vie.....des grands, des petits....qui avaient reçu des vareuses pas toujours à leur taille et un paquetage lourd au dos.....
Et qui avançaient en rangs....sans trop le temps de se poser des questions.....
Même si parfois il semblait bien que l'un d'eux tente de voir un peu plus loin vers où on les conduisait..... Plus je les regardais de près, plus il semblait évident que chacun pouvait raconter une histoire différente, j'ai fait, pour ceux qui veulent en voir un peu plus, un petit film....forcément subjectif....
Mais surtout, je voudrais partager la phrase finale.....
Comme nous sommes quand même sur un blog de cuisine, quelques biscuits viennent illustrer cette époque.....ils ont été apportés en France par les australiens et les néo-zélandais et ont de ce fait pris leur nom: les anzacs...Australian And New Zeland Army Corps...... Ils sont accompagnés ici par quelques poppies.....pour les anglais, il symbolise le souvenir de la guerre 14-18....
C'est chez Parmesan et Paprikas que j'ai appris leur provenance, mais c'est dans mon livre anglais un peu ancien que j'ai pris la recette. Comme ils semblaient quand même contenir pas mal de beurre, et que je pensais qu'en période de guerre c'était peut être difficile de s'en procurer, je n'ai pas utilisé de margarine, comme le propose mon bouquin, mais j'ai remplacé la moitié du beurre par de la purée d'amande.....d'accord....., je sais....pas certaine que ça soit facile à trouver dans un pays en guerre....mais bon..... La recette:
2 c à s de Golden syrup
65g de beurre
65g de purée d'amandes
100g de sucre en poudre
100g de farine
75g de flocons d'avoine
50g de noix de coco râpée
2 c à c de bicarbonate de soude
1 c à s d'eau chaude
Mettre le golden syrup, le beurre, la purée d'amandes et le sucre dans une casserole et chauffer doucement jusqu'à ce que le beurre soit fondu et le sucre dissous.
Retirer du feu, ajouter la farine, la noix de coco et le flocons d'avoine et bien mélanger.
Dissoudre le bicarbonate dans l'eau chaude et ajouter dans la casserole, mélanger à nouveau.
Quand la mixture est assez froide pour être manipulée, fabriquer une trentaine de boules de pâte et les placer sur une plaque recouverte d'un papier cuisson, en les espaçant bien.
Les cuire environ 20 minutes au four préchauffé à 170°.
Les laisser quelques minutes sur la plaque après sortie du four puis les laisser refroidir sur une grille.
Ils sont assez durs, mais très goûteux et se gardent très longtemps dans une boite métallique.....ils ont été inventés précisément pour cette qualité..... Pour finir, n'hésitez pas, si vous habitez la région ou passez par ici dans les mois qui viennent, faites un petit passage au Musée de la piscine.....ce n'est qu'en voyant l'expo sur place qu'on peut ressentir toute l'émotion qu'elle suscite.....et profitez en pour visiter ce très beau musée, ou y voir une belle expo de Camille Claudel.... Et surtout, n'hésitez pas à aller sur le blog de Délit maille.....il se pourrait bien qu'elle recommence à tricoter l'actualité.......du moins je l'espère!....
Depuis que je suis toute petite, la guerre dont j'ai entendu le plus parler, c'est celle de 1940.....parce qu'elle était encore toute proche à cette époque et parce que, quand on a connu ça......
On ne peut pas s'empêcher d'en parler à ses enfants....c'est comme ça que mes parents et grands parents ont retrouvé leur ville en y retournant après la libération..... Mais heureusement pour moi, la reconstruction était bien avancée quand j'ai pointé le bout de mon nez et toutes ces histoires, tristes ou gaies, faisaient un peu partie de la légende.... Et voilà que cette année, comme j'en parlais en février, je me mets à m'intéresser à la guerre précédente....qui n'a pas été la der des der.......dont j'avais entendu moins parler, mes grands parents racontant peu sur le sujet..... C'est à cause de Délit maille et de sa Wool war one......ou plutôt grâce à elle.....
En participant à ce projet artistique et humain avec mes petites mains, en tissant avec un fil bleu des liens avec plein de gens, j'ai eu envie de remonter aussi le fil du temps et d'essayer d'en savoir un peu plus sur cette période.... C'est sur la vie quotidienne à cette époque que j'essaye de trouver des détails...... Et j'ai appris par exemple que dans les régions occupées: " Très vite la faim fait son apparition. Dès le 4 décembre 1914 le pain est sévèrement rationné dans une région agricole comme celle de Vervins; en mars 1915, les habitants de La Capelle, du Nouvion, d'Avesnes, vont ramasser des glands dans les bois: en les écrasant on allonge la farine" " A partir de 1916, le gros de la population se nourrit de pain noir - en quantité limitée - de betteraves rouges et de choux navets. En 1917, ce sont les soupes de feuilles d'ortie qui heureusement tiennent au corps." " On dépave les cours pour y planter des pommes de terre ; les balcons se transforment en potager ; les terrains vagues et les ruines des maisons incendiées et bombardées devinrent des jardins ouvriers. " A la fin de l'hiver, on alla plus loin encore: des prisonniers civils libérés avaient rapporté la recette de la soupe à carbure et on s'efforça de fabriquer cette provende: on brisait des os - quand on en trouvait - jusqu'à les réduire en poudre, on faisait sécher des herbes qu'on écrasait ensuite, on râpait le cuir des vieilles chaussures, des courroies, des ceintures et le mélange, longtemps séché au four puis délayé dans de l'eau bouillante donnait une soupe dont on disait qu'elle sentait la chimie" Heureusement, arriva ce qu'on appela " le ravitaillement américain", donné par un comité hollandais et américain, qui était distribué en principe tous les 10 jours par les maires. " Une ration quotidienne de principe fut fixée pour les villes: 40 grammes de farine, 50 grammes de lard, saindoux ou viande congelée, 30 grammes de féculents - riz, pois, haricots, ou pâtes - 10 grammes de sucre, 7 grammes de café ou de succédané, 20 à 30 grammes de biscuit, 10 grammes de savon, du sel, du vinaigre, un peu de lait condensé pour les enfants et les vieillards. C'était peu mais suffisant pour éviter les grandes famines." (cf: "La vie quotidienne dans la France du Nord sous les occupations, Marc Blancpain, Ed Hachette) Difficile d'imaginer comment on se débrouillait pour nourrir sa famille.....ou comment font ceux qui maintenant encore dans certains endroits du monde ne sont pas beaucoup mieux lotis.... Comme je reste quand même fidèle à mes petites recettes de maintenant, je vous propose de terminer sur une petite soupe....aux topinambours, ces mal aimés de ceux qui ont connu la seconde guerre, maintenant devenus "tendance".....
Soupe de topinambours et carottes:
600g de topinambours
300g de carottes
1 gos oignon
huile d'olive
sel, poivre
crème fraîche
Eplucher les légumes et les couper en morceaux.
Les faire revenir avec un peu d'huile d'olive puis ajouter de l'eau chaude à hauteur, saler et poivrer et faire cuire une trentaine de minutes, jusqu'à ce que les légumes soient tendres.
Mixer, rectifier l'assaisonnement et ajouter de la crème.
Voilà...c'est à peine une recette...mais j'imagine que ceux qui en étaient réduits à la soupe au carbure verraient là un véritable festin.....
Quant à l'ordinaire des soldats....c'est une autre histoire, à suivre peut être un de ces jours.....
C'est en novembre dernier que je vous en avais parlé.....qui?....Délit maille, qui tricote l'actualité et la raconte sur son blog ou ailleurs.....
Ses petits personnages en laine occupaient le musée de La Piscine de Roubaix...... Sur son blog, j'avais donc continué avec grand plaisir à suivre ses gens en laine....... Et ne voilà t-il pas que le musée lui propose, pour le centenaire de la guerre de 1914, de tricoter la guerre.....et après beaucoup d'hésitations, elle accepte.....et se dit que ce serait peut être bien d'avoir des petites mains pour participer à cette aventure.....que des gens en vrai pourraient tricoter des gens en laine, ou les habiller.....comme plein de femmes qui en temps de guerre fabriquaient des chaussettes ou des cache nez pour leurs poilus.... Elle explique tout ça beaucoup mieux que moi sur le blog, ou même à la radio.... Alors, je n'ai pas trop réfléchi.....mais je me suis dit que ça me plairait bien tout ça...... Et j'ai ressorti une antiquité....
Quand même largement postérieure à 1914....mais pleine de bons conseils....
Et j'ai proposé de participer à cette aventure.....
Voilà pourquoi depuis quelques jours, après avoir reçu une pelote de laine, je délaisse un peu ma cuisine.....mais pas internet, car ce projet a aussi permis plein d'échanges avec d'autres tricoteuses un peu partout en France ou même bien plus loin..... La guerre.....j'ai beau avoir plus de 50 ans, j'ai eu la chance de ne pas connaitre.....par contre mes parents ont vécu une bonne partie de leur jeunesse en la subissant....la deuxième, pas celle de 14....et l'évocation de cette époque était fréquente à la maison..... C'est comme ça que j'ai toujours entendu parler des rutabagas comme d'une horreur......du genre du café sans café sucré à la saccharine et du pain noir à la sciure de bois.....
Mais c'est tout récemment que j'ai fait leur connaissance "en vrai"....le dernier était d'ailleurs énorme!..... Et je me suis rendu compte que c'était quelque chose de tout à fait mangeable....
D'accord....il a été un peu accommodé....et associé à de l'agneau pour une sorte de tajine....la recette est une improvisation après avoir vu quelques recettes du même genre sur le net.....chez Boljo par exemple... Agneau au rutabaga, carotte et abricots secs:
Eplucher les légumes. Emincer l'oignon et l'ail et couper le rutabaga et les carottes en gros morceaux.
Dans un peu d'huile d'olive, faire colorer la viande. Ajouter l'oignon et l'ail et les faire revenir un peu.
Ajouter les légumes, les épices ( selon votre goût....), couvrir de bouillon de volaille et laisser mijoter à couvert environ 1 heure.
Ajouter les abricots et laisser encore cuire 30 minutes.
D'accord...je sais bien qu'en temps de guerre on ne devait pas souvent avoir de l'agneau pour mijoter avec les rutabagas....ni toutes ces épices....du moins pas dans ma région, mais peut être plus au sud...et il y a eu des soldats venus de l'autre côté de la Méditerranée qui avaient peut être des petites boites d'épices dans leur musette....mises là par une femme ou une mère attentionnée....
Cette aventure tricoteuse collective a aussi fait monter ma curiosité sur le vie quotidienne pendant la guerre....et je vais essayer de trouver des détails sur ce qu'on mangeait à cette époque.....sur le net, à la bibliothèque ou dans les échanges avec les autres "knitting bees" qui aident Délit Maille à tricoter la guerre....
Pour voir le résultat final, il faudra patienter quelques mois.....c'est dans un an que l'expo est prévue....mais on en entendra sans doute parler d'ici là.....